Hier, j'ai fait la cuisine

Le soir à table, après 2 tartes brûlées, ma fille m'a dit  :
«  On dirait que tu rajeunis, que tu redeviens comme un enfant.  »

Les hésitations

Quand j’hésite, je ne fais pas
(du moins, pas tout de suite).

Le féminin

Mes nuits sont peuplées de fantômes

Communication/désintégration

« Est-ce que quand une mouche vole ou qu'un ange passe c'est là qu'on communique le mieux. Qu'on communique tout ce qu'on a pas à se dire et qu'on voudrait quand même qu'on le sache. Mais si les autres le savent est-ce que je ne vais pas me désintégrer et par conséquent désintégrer les autres si je le dis. » 


Charles Pennequin « Dedans »

Les demoiselles

 

 

L'accident

Quand je suis énervée, je roule toujours plus vite.
Pourtant les routes ne sont pas plus larges, mais ce sont mes pensées qui font des nœuds.
Depuis que j’ai tardivement passé mon permis de conduire, j’ai souvent imaginé que j’allais finir
ma vie comme ça, dans le fossé, au bord d’une route. Un accident.
Oui, je me vois bien là, le visage en sang et le cœur qui s’est brutalement arrêté de battre.
Une mort douce, finalement.

 

Le temps qui passe

Quand je pense temps, je pense souvenirs.
Les pensées ne sont-elles donc jamais sages.
Je ne veux pas relire mes vieux carnets
(mais je suis heureuse de savoir qu’ils existent).
C’est compliqué les souvenirs.
C’est très compliqué les souvenirs.

La page blanche

Mon mémoire devait s’intituler : « L‘art du discours chez Jean Eustache ».
Cette valise contient tous les documents que j’avais trouvés et qui devaient
me permettre d’écrire aisément une centaine de pages.
J’avais même commencé la rédaction d’un plan détaillé.
Quand j’ai découvert cet article paru dans Libération, il y a quelques jours,
j’ai immédiatement pensé que ce serait une belle occasion pour reparler de
lui après toutes ces années.
Une fois les photographies faites, je me suis retrouvée face à une page blanche
et j’ai cherché mes mots.
Je n’ai jamais terminé ce travail.
Je crois que c’est de cela dont je voulais parler.
De ma difficulté à aller au bout des choses.
Cela m’a laissée sans voix.
Et cette nuit, j’ai mal dormi.

La main frappe

La main frappe, ses doigts se tordent. La main se tord,
ça fait mal, ça frappe encore. Les doigts qui frappent
sans effort. Mais c’est ma main sous mes doigts.
Faut que ça frappe, mais pas trop fort.
Faut que j’y aille, mais pas trop fort.
Je ne sais pas où sont mes doigts,
cachés dans ma main.
Peut-être, mais ça me tord.
Ça me frappe en dedans, mais en dehors aussi.
Où sont passés mes doigts? Et ma main?
J’ai perdu ma main. Et mes doigts aussi. 

La bétadine

Le matin, dans la salle de bain, ça sent la Bétadine. 
Je connais cette odeur.
J’ai déjà utilisé ce flacon rouge.
Hier ou demain, peut-être. 
Je dois attendre, alors j’attends. 
Il me reste bien quelques dirhams dans la poche. 
Et à peine de quoi m’offrir un café dégueulasse pour patienter. 
Je ne suis pas négative, j’attends. 
Une infirmière informe ses collègues qu’elle a un diplôme d’hôtesse de l’air. 
Mais à moi, elle ne dit rien. 
Une femme pleure dans le couloir quand on lui ramène enfin le brancard tant attendu. 
Elle a trouvé ça long d’attendre pendant 4 heures. 
Je la comprends. 
L’hôtesse de l’air, visiblement, beaucoup moins. 
Entre hier soir et ce matin, j’ai dit un nombre incalculable de conneries. 
Ce n’est pas tous les jours que l’on prend le risque de perdre un oeil.